Cure de jouvence pour un fourgon presque centenaire

Lors de notre week-end dans le Morvan, au cours duquel nous avons effectué 3 trajets touristiques en autorails et train à vapeur, un pensionnaire “surprise” était présent. Sa venue était incertaine, mais il trônait pourtant dans la cours marchandises de la gare de Cercy-la-Tour le 30 mars : un vieux de la vieille de 1928, pesant 38t en charge et construit pour la Compagnie du Midi s’est offert un coup de jeune en ce début de saison 2024. Retour en arrière, à l’hiver 2022, lorsque ce chantier d’envergure a débuté.

Fourgon OCEM Midi DPmyi n° 25446. Un charabia pour le commun des mortels, mais un survivant presque centenaire et indispensable pour notre association. Le temps a fait son œuvre sur notre fourgon Midi, sa carrosserie et sa structure commencent à montrer des signes de fatigue. Une campagne de nettoyage et de piquage est entreprise par Vincent pour détecter les zones fragilisées et les traiter.

En plusieurs points, des morceaux de parois sont découpés et comblées avec des pièces taillées sur mesures et soudées. L’occasion pour Lolo et Tonio de progresser dans leur apprentissage sur le tas de la soudure à l’arc. Un important travail de masticage empêchera les infiltrations et stagnations d’eau qui aboutissent à la redoutée corrosion.

L’étape suivante consiste au ponçage des flans et de la toiture pour retirer l’ancienne peinture : au total, pas loin de 140 m² ! Je vous laisse imaginer les week-ends entiers que nous avons passé sur cette tâche avec Guillaume, Quentin, David et Henri. Brosses métalliques pour les jointures et les rivets, ponceuses orbitales, meuleuses, marteau à aiguille… tout y est passé. Mis bout-à-bout, ce sont presque 3 mois qui ont occupé les bras de l’équipe pour parvenir au résultat souhaité.

On approche du dénouement de cette histoire. Avant peinture, il est nécessaire de retirer les parties amovibles qui pourraient gêner le passage ainsi que celles qui seront traitées séparément (boitiers de repos des câblots 1500V par exemple). Les 2 soufflets d’intercirculation sont donc démontés, non sans mal, et stockés en attendant leur traitement.

Pour le choix de la livrée, ce sera celle d’après-guerre : vert 306 pour la caisse et noir 901 pour la toiture. En comptant 2 couches, cela fait donc 280m² à peindre. Bon… quand faut y aller, faut y aller ! Mais avant toute coloration, masquage obligatoire car pas question de salir les vitres. Et comme notre fourgon sera bicolore, il faut aussi masquer la moitié de la caisse pour se prémunir d’un effet dégradé. Allez, cette fois tout est prêt pour la dernière étape.

On prend le godet, Lolo commence à faire le mélange avec le durcisseur et le diluant, on touille pour donner un aspect homogène à tout ça. Pour le moment ça va pas mal. Tonio enfile son masque, le pistolet est prêt, un essai sur un bout de tôle qui traîne pour régler le jet de peinture… c’est bon, on peut commencer ! Trois bons week-ends de travail, du vendredi après-midi au dimanche soir, seront nécessaires pour recouvrir la surface qui nous parait interminable. Et à chaque fois, il ne faut pas oublier le nettoyage du matériel avant que ça ne sèche. Chaque composant du pistolet est démonté et les godets n’échappent pas au récurage. Tout doit être nickel, prêt à l’emploi pour la fois suivante. Ah c’est pas de tout repos cette affaire hein !

Ultime finition : les marquages. Pour ça, un long travail de recherche a occupé Tonio pendant quelques mois. Une collecte d’archives et de documents qui s’est avéré très fructueuse puisque le reste de notre parc en profitera également à l’avenir. Les lettrages ont tous été redessinés un à un d’après une notice indiquant leur cotes pour chaque taille d’écriture. Et c’est long de gribouiller tout l’alphabet, mais alors que c’est long !

Finalement, à partir de cette “bibliothèque” fraichement constituée, tous les marquages ont pu être faits aisément : cartouche des opérations d’entretien, longueurs, masses, vitesses, gérance etc… et pour coller à la période choisie, ils seront tous en “jaune bouton d’or 411”.

Pour tout vous dire, le choix de ce fourgon comme premier véhicule de notre rame à passer en peinture ne doit rien au hasard. Le travail à réaliser était varié et le rivetage complexe à poncer mais cela nous a apporté de l’expérience. Nos autres voitures sont majoritairement à faces lisses et la corrosion moindre du fait de leur “jeunesse” (années 60 pour nos quatre DEV par exemple). Bref, ce fut un chantier difficile et rempli de rebondissements, mais quelle satisfaction de voir le résultat !